Tor des Géants 2014, l'appel du Val d'Aoste

Pourquoi revenir?

En 2012, le Tor des Géants fut pour moi un voyage inachevé, je n'ai pas franchi la ligne d'arrivée. J'ai dû arrêter, 20 km avant l'arrivée, après avoir parcouru les 280 premiers kilomètres et gravi 23 cols.
Cette semaine dans la montagne, hors de la routine, du confort quotidien, avec les Valdotains, les coureurs, les accompagnateurs a été un moment exceptionnel. Et, même si je ne sais pas si je participerai à nouveau au Tor des Géants, une chose est certaine, je reviendrai dans le Val d'Aoste!
Le Val d'Aoste est une magnifique région, l'accueil des Valdotains est extraordinaire.
Eté 2013, je randonne durant une semaine sur l'Alta Via 2. Je suis partie à la mi-juillet, l'enneigement est très important, les cols sont durs à franchir mais je ne regrette pas, c'est un autre aspect du Val d'Aoste qui s'est dévoilé.

Lorsque les inscriptions pour le Tor des Géants 2014 démarrent, j'hésite à peine et m'inscris au tirage au sort. Je fais partie de ceux qui ont la chance de pouvoir participer.

J'ai très envie de revivre ces moments d'effort dans la montagne.

Col Loson et Refuge Vittorio Sella

Refuge Vittorio Sella, descente dans la nuit du Col Loson

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Article Tor des Géants 2012


L'histoire d'un arrêt, 140 kilomètres avant Courmayeur!

Avant le départ

Comme en 2012, j'organise toute "ma saison course à pieds" en pensant à cet objectif. Je ne pense pas qu'il soit possible de participer au Tor sans quelques séjours en montagne et entraînements spécifiques surtout lorsque l'on habite en bord de mer comme c'est mon cas.
L'éloignement des montagnes ne me permet pas de m'organiser aussi bien que je l'aimerais mais j'arrive à passer quelques semaines en montagne avant le départ.

Mon but est de vivre le mieux possible ce moment privilégié en montagne. Sur une épreuve aussi longue que le Tor des Géants, il peut se passer beaucoup de choses....
Je me réjouis d'avance de cette succession de cols, j'aime tant découvrir à chaque fois le paysage de l'autre versant. Mais je sais aussi ce qui m'attend et cela me donne quelques appréhensions.

Je crains un peu aussi de ne pas avoir complètement récupéré après la Ronda dels Cims que j'ai terminée à la mi juillet.

Je suis confiante mais plus inquiète que lors de mon départ en 2012.

En attendant le départ, la vue depuis notre tente dans le Camping des Grandes Jorasses (Val Ferret).

Le Mont Blanc Grandes Jorasses

 

Le Tor

Samedi, je me retrouve à Courmayeur pour aller chercher mon dossard.

Beaucoup de monde, des gens qui se reconnaissent, qui se retrouvent.
Je retrouve des coureurs avec lesquels j'avais passé quelques moments durant le Tor 2012. Quel plaisir!
Une nouveauté cette année: le matériel obligatoire est contrôlé avant la prise du dossard. Cela génère une très longue attente, plus de 3 heures, et, malgré le plaisir d'être là, je trouve cette attente debout dans la foule extrêmement fatigante.

Avec un départ à 10 heures du matin, la nuit est très bonne, aucune crainte de ne pas entendre le réveil!

Le départ, enfin! Je suis heureuse de partir pour une semaine de liberté dans les montagnes. Je n'ai pas trop envie de parler. Mais je suis bien avec tous les autres que je sens aussi très concentrés, nous sommes conscients de ce qui nous attend.

Nous quittons Courmayeur dans la foule, cela fait oublier la route, et, très vite, nous nous retrouvons sur un chemin et dans une montée, c'est parti! Je sais que Christophe sera là au premier col, le Col de l'Arp et cela me motive. Le temps est magnifique, tout va bien.

Beaucoup de coureurs me doublent et pourtant je n'ai pas l'impression de traîner. Je fais attention à ne pas me mettre dans le rouge. La route est longue .....

Beaucoup de spectateurs enthousiastes à l'arrivée au Col de l'Arp, Christophe est là, plaisir d'échanger quelques mots et je repars dans une descente très facile.

La vue depuis le Col de l'Arp

Montée Col de l'Arp Descente Col de l'Arp

La Thuile, le Refuge Deffeyes et la vue magnifique sur le Rutor, le Passo Alto et l'arrivée au bivouac Promoud. Je suis heureuse de revoir tous ces endroits. Comme en 2012, la nuit arrive alors que je viens de passer le Col de Crosatie. Tout va bien pour le moment.

Dans la nuit, j'arrive à Valgrisenche, la première base vie. J'ai mal à l'estomac, rien pour soulager ce souci, ni dans mon sac, ni dans la pharmacie des secouristes. J'ai peut-être trop bu de coca. Le problème, c'est que je n'arrive plus à manger. Je repars sans dormir car pour le moment je n'en n'éprouve pas le besoin.

Durant la deuxième étape entre Valgrisenche et Cogne, nous passons les cols Fenêtre, d'Entrelor et Loson. J'ai l'impression que cela va bien, mis à part le mal d'estomac, mais en fait, un état de fatigue s'installe et j'avance plus lentement qu'en 2012. Dans la montée sur le Col Loson Olivier me double, il me donne 2 fruits, cela me fait beaucoup de bien et je retrouve du dynamisme pour achever la montée.

Arrivée au Col Loson qui culmine à presque 3300m, je retrouve Christophe. Petite pause pour admirer le paysage. Quel plaisir de faire la descente en sa compagnie jusqu'au Refuge Vittorio Sella.

Arrivée sur le refuge Vittorio Sella

L'arrivée sur le Refuge Vittorio Sella

Je passe un petit moment au ravitaillement du refuge, mais rien ne me tente et je repars dans la descente que je connais bien jusqu'à Cogne. Cette descente me rappelle les bons moments passés l'année dernière sur ces chemins de l'Alta Via.

J'ai décidé de prendre mon temps dans cette deuxième base vie. J'aimerais réussir à manger correctement. Beaucoup de monde, de bruits, d'agitation. De nombreux coureurs entourés de leurs accompagnateurs "aux petits soins" pour eux. Je me sens perdue. Je prends une douche, me change, essaye de manger et je repars avec l'idée de dormir au ravitaillement suivant, quelqu'un me dit que cela sera possible.

En fait, à Liliaz il n'est pas possible de dormir et je repars dans la nuit et sous une pluie violente. Pluie, besoin de dormir, fatigue rendent la montée vers Goiles assez laborieuse. Heureusement nous sommes quelques uns sur le chemin et cela redonne le moral.

Arrivée à Goiles, je demande à dormir et j'ai la chance qu'un lit se libère presqu'immédiatement dans une tente à l'extérieur. Après avoir retiré le linge mouillé, je m'endors comme une pierre. Deux heures plus tard, on me réveille et je laisse ma place.
Je vais dans la salle où il est possible de se restaurer, beaucoup de monde, je mange un peu, je repars. La pluie s'est arrêtée.

Cette pause m'a fait du bien. J'atteins facilement le Refuge Sogno, la Fenêtre de Champorcher, puis c'est la descente sur Donnas. Cette descente va me sembler interminable, une trentaine de kilomètres, 2500 mètres de dénivelé négatif. L'arrivée sur Donnas et le départ de Donnas ne sont pas très agréables, nous sommes très bas en altitude (environ 300 mètres) et le bruit des voitures est fatigant.
Je me sens très seule dans la base vie où il y a beaucoup de monde. Avoir des accompagnateurs est sûrement un plus. Vers 17 heures, je quitte Donnas, j'ai prévu de dormir à Sassa.

Vers 23 heures j'arrive à Sassa, j'y reste presque 3 heures. Deux heures de sommeil, tentative de ravitaillement.

A partir de là, une fatigue insidieuse m'envahit, je continue d'avancer mais de plus en plus lentement. Je suis bien dans la montagne mais mon corps ne répond plus. Au début, je fais des pauses dans les montées mais ces pauses deviennent nécessaires même dans les descentes.

Dans la descente sur Niel depuis le Col Della Vechia cela devient de plus en plus difficile. Un italien me tient compagnie jusqu'au ravitaillement où, malgré l'accueil enthousiaste, je décide de m'arrêter, mon corps l'a décidé.


Et après?

Chaque départ du Tor est un nouveau départ, un nouveau défi. Si j'ai participé au Tor des Géants c'est plus pour ma passion de la montagne que pour le défi que représente cette course.
La montagne attire pour sa beauté, la liberté, la vérité, l'effort. Lorsqu'il n'est plus possible de vivre la montagne, s'arrêter me semble préférable.

Je ne pense pas participer à nouveau au Tor des Géants, par contre, c'est sûr je reviendrai dans le Val d'Aoste!


Une vidéo d'Arnaud Simard



 

Montée au Col de Malatra depuis le Val Ferret


Montée au Col de Malatra depuis le Val Ferret

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Balade au Mont Chétif


Balade au Mont Chétif

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Balade au Refuge Bertonne


Balade au Refuge Bertonne

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La vue depuis le camping des Grandes Jorasses (Val Ferret)


La vue depuis le camping des Grandes Jorasses

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