Grand Raid de la Réunion - Diagonale des Fous (Edition 2006)

L'Ile de la Réunion

Sur 2500 Km2, la Réunion offre la diversité d’un continent. A chaque étage de son relief, l’île change de visage. D’exubérante, elle se fait aride. De tropicale, elle devient alpestre.

Des cocotiers et des plages, l’eau turquoise du lagon, l’ourlet blanc de la barrière de corail sont au rendez-vous. Mais ils ne constituent qu’une petite partie de ce qu’offre l’île. Ici, la nature a laissé en héritage une extraordinaire richesse de paysages. La Réunion est une montagne posée sur la mer, née de deux événements volcaniques majeurs.
Le premier a fait émerger le magma à la surface de l’océan il y a environ deux millions et demi d’années, autour d’un cratère central dont les vestiges constituent aujourd’hui le point culminant de l’île: le Piton des Neiges (3069 mètres). Le second s’est produit à une centaine de kilomètres au sud-est, il y a 380 000 ans. Un nouveau massif volcanique s’est formé et s’est accolé au premier. Le Piton de la Fournaise (2632 mètres) est toujours en activité.

Au centre de l’île actuelle, de gigantesques effondrements ont formé trois cirques ouverts sur la mer par d’étroits défilés. Ils ont pour nom Mafate, Cilaos, Salazie. Parcourus de sentiers de randonnées, de cascades et de gorges, ils constituent aujourd’hui des attraits majeurs pour les amoureux de la montagne.

Lors de notre venue en 2006, nous avons la chance que le Piton de la Fournaise soit en éruption. Et, ce qui se produit très rarement, le volcan et ses environs ont eu droit à un manteau de neige pour la plus grande joie des réunionnais et des touristes.

 

La Diagonale des Fous ? Qu’est-ce que c’est ?

affiche édition 2006
La quatorzième édition de la Diagonale des Fous ou Grand Raid de la Réunion a eu lieu les 20, 21, 22 octobre 2006. C'est une randonnée sportive balisée, de 143 km de long et de 8700 mètres de dénivelé positif. Elle se déroule en milieu montagnard, en une seule étape, et en passant par 22 postes de contrôle.

Le parcours traverse l’île du sud est au nord ouest en faisant découvrir la forêt tropicale, le volcan, les hautes plaines, les cirques et les sommets les plus élevés. Plusieurs passages de cols ou crêtes dépassant les 2000 mètres (Le Volcan, Oratoire Ste Thérèse, Kerveguen, Col Taïbit).

Un temps limite, pour l’effectuer en étant classé, est fixé à 63 heures. Cette épreuve nécessite un équipement minimal imposé et un carnet de route fourni par l’organisation. Elle s’effectue en autonomie partielle car elle comprend plusieurs points de ravitaillement.

Elle a lieu grâce à la présence de plus de mille bénévoles.
Environ 2300 personnes au départ dont 1800 réunionnais.
1402 personnes à l’arrivée. Le premier en 20h39. Le dernier en 63h04.

 

Parcours Grand Raid Réunion 2006

Le parcours du Grand Raid de la Réunion 2006

Voir en 3D dans Google Earth

Le road book


La vidéo 2006 du Magazine du Grand Raid



2006 - Le Magazine du Grand Raid


Notre Séjour à la Réunion

Préparation de notre séjour

L'inscription au Grand Raid se fait facilement cette année! En 2005-2006, une épidémie importante de chikungunya touche la Réunion. Les informations alarmistes ont dû faire peur aux métropolitains. Aucun souci pour obtenir un dossard!

Début août, nous réservons un logement à St Leu sur la côte ouest. C’est à 200 mètres de la plage, près des commerces et des arrêts de car. Cela nous permettra de ne pas louer en permanence une voiture.

Nous avons choisi un séjour de 3 semaines, 2 semaines avant le Grand Raid, une après le Grand Raid. L’inscription au Grand Raid est liée à l’achat des billets d’avion auprès de Run Voyage, un certain nombre de dates sont possibles.

Achat de moustiquaires, élaboration de listes des choses à ne pas oublier, entraînement léger car l’UTMB® (Ultra Trail du Mont Blanc) et l'entraînement pour le préparer ne sont pas loin!


Notre séjour à la Réunion avant le Grand Raid

Mafate
Voyage sans problème. Dès notre arrivée à l’aéroport de St Denis nous découvrons les problèmes de circulation à la Réunion. La route du littoral est coupée, il faut passer par la montagne et nous mettrons 4 heures par les transports en commun pour rejoindre l’arrêt de la Mairie de St Leu. Nous découvrons notre lieu d’hébergement, accueil agréable, l’endroit nous plaît!

Durant ces deux semaines nous allons de découverte en découverte. C’est un séjour de rêve. Tout est dépaysant, le climat, les gens, le paysage volcanique, la végétation tropicale.

Balade au Maïdo avec découverte du Cirque de Mafate. Le relief est impressionnant et dire que nous allons traverser Mafate durant le grand Raid de nuit et de jour!

Balades au Volcan, à Cilaos et au Col de Taïbit. Paysages grandioses, je n’avais jamais vu de tels paysages même en rêves! Tour de l’île en voiture avec des incursions dans le Cirque de Salazie, Takamaka. On vérifie que c’est plus humide à l’est qu’à l’ouest!

Baignades dans le lagon, plongée bouteille pour Christophe, couchers de soleil somptueux.

Visites de Kelonia, St Paul, le musée du volcan. Petits entraînements au départ de chez nous.

Les journées passent très vite, on ne voit pas passer les journées rythmées par le lever du soleil vers 5 heures et le coucher du soleil vers 18 heures.

Les galeries photos


Avant la course

Remise des dossards

Et voici qu’arrive le mercredi 18 octobre, journée du retrait des dossards au Stade de la Redoute.

Après de grosses difficultés pour trouver le stade, puis pour stationner, nous voici sur ce stade qui verra notre arrivée.

Foule, musique de percussions, briefing plein d’humour de Robert Chicaud. Après un peu d’attente nous récupérons nos dossards  (35 pour Christophe, 36 pour moi) et les tee-shirts qu’il faudra porter au départ puis à l’arrivée de la course. Un passage sur les divers stands nous charge en produits d’hygiène (dentifrice, crème solaire, savon, crème pour les pieds…) et alimentaires (lentilles, riz). Une casquette saharienne complète notre équipement.

Avant le départ

Jeudi, dernier jour avant le départ. Nous nous levons sans nous presser. Journée très calme consacrée aux derniers préparatifs.

Vers 21 heures, nous nous dirigeons vers la Mairie de St Leu. Nous sommes nombreux à attendre les cars. Une caravane d’une douzaine de cars arrive. Impressionnant et c’est le départ vers Cap Méchant. Voyage fatigant, les virages, les arrêts.

Nous voici arrivés au Stade de Cap Méchant. Du monde, de la musique. Vérification du matériel obligatoire, collation possible. Discussion avec les uns et les autres mais chacun est dans ses pensées… Nous prenons conscience de l’ampleur du défi qui nous attend.


Notre Grand Raid

Le départ

Vendredi 20 octobre 2006, 1 heure du matin, c'est le départ!

Je ressens une ferveur commune, la joie d’être là, de participer à cet événement, d’en être.

L’ambiance est surréaliste avec ces 2500 lampes frontales qui scintillent dans la nuit tropicale et le son des percussions qui fait monter la pression.
L’appel des meilleurs.
Le compte à rebours commence, c’est le départ !
Quel spectacle impressionnant que ce long magma humain multicolore qui s’écoule comme un flot ininterrompu.
Je suis partie. Je suis dans la course. Je goûte au bonheur d’être dans le peloton. Nous sommes partis pour la découverte de cette Diagonale.

Pour éviter la promiscuité du départ nous sommes restés à l’arrière et, même si nous n’allons pas très vite, cela s’avère gênant car dès le départ il y a beaucoup de marcheurs et c’est fatigant de les dépasser.

Le Grand raid

Au début, c’est de la route puis les sentiers sont là. Cela monte agréablement mais on se fatigue un peu à doubler des gens.

Au bout de 15 bornes de piste, d’abord dans les champs de canne, puis dans une forêt de plus en plus dense, le kiosque Basse Vallée donne le signal du départ de la montée du Volcan. Cinq kilomètres sur un sentier escarpé et boueux encombré par les racines et des trous glissants….

Passage au Volcan
Il fait frais et déjà certaines personnes s’arrêtent. Certaines semblent très mal. Cela est surprenant, si tôt dans la course. Cela fait à peine 20 kilomètres que nous sommes partis.

Devant, c’est un paysage lunaire qui s’offre à nous, le Volcan ouvre sa large gueule noire et poussiéreuse.

Foc Foc et l’accueil chaleureux des bénévoles (Ils le seront tout au long de notre périple.).

Un peu de plat, on se remet à courir.

Route du Volcan, beaucoup de voitures et de personnes qui veulent voir "leur coureur".

Plaine des sables, paysage magique, désertique, noir de sable volcanique, entouré par des falaises à pic. Nous grimpons jusqu'à l'Oratoire Ste Thérèse.

Mare à Boue, c’est l’Auvergne, ou la Normandie, des vaches, de la verdure, des rhododendrons, des arums, des espaliers et une température douce.

Et c’est reparti pour le bivouac de Kerveguen. Petits sentiers boueux et tortueux, et la pente raidit, interminable. Pas de descente en vue, mais les premières échelles métalliques, à prendre en file indienne, chacun son tour. On a de la chance, ce n’est pas trop humide. On ne traîne pas pour entamer la descente vertigineuse vers Cilaos: 900m de dénivelé en 3km. Les marches ont été faites pour des géants! Gare aux chutes, je devine le vide impressionnant! Plein d’échelles.

Mare à Joseph, un peu de route pour traverser le petit îlet, ça descend, ça descend, ça descend trop au fond d’un canyon! Les djembés résonnent et encouragent la montée avant d’entrer dans Cilaos, une foule d’encouragements en entrant dans le stade. Dès l’arrivée, après le pointage, poste de massage où s’arrête Christophe. Pendant ce temps là, je repère les lieux: ravitaillement, podologues, toilette et poste de contrôle à la sortie. Christophe s’arrête également chez les podologues qui lui font un gros strapping qui devrait lui permettre d’aller au bout. Repas et après environ 1h30 sur le site de Cilaos nous reprenons notre route.

La nuit pointe son nez quand nous quittons Cilaos, nous reprenons la route confiants car nous avons déjà fait ce chemin de jour jusqu’au Col de Taïbit. Et effectivement tout se passe bien jusqu’au Col de Taïbit où nous ne traînons pas car il y a du vent. La descente sur Marla se fait facilement. Sur le bord du chemin nous voyons des gens endormis à même le sol. A Marla nous avons franchi le Cap des 80 km et des 22 heures. On devrait arriver au bout!

Un trou perdu, nous sommes désormais dans Mafate, un repaire inaccessible en voiture, c’est à pied ou en hélicoptère qu’on peut pénétrer dans ce site magique. Ici les gens vivent en autarcie et ont appris à se débrouiller seuls. C’est l’ancien refuge des Marrons, les esclaves échappés qui voulaient fuir la persécution des 1ers colons au 17ème et au 18ème siècle.

La lune éclaire Mafate, nous devinons les falaises qui nous entourent, nous sommes au fond d’un trou de plus de 1000 mètres de profondeur par endroit. Je savoure le plaisir d’être dans la nuit, les odeurs, le cri des animaux, les étoiles, le bruit de l’eau, la présence des autres participants et de Christophe.

Monter, descendre, monter, descendre.... Passages le long de la rivière, on se perd, on retrouve le chemin à plusieurs. Passage à la Brèche et sa main courante gardée par deux secouristes qui nous obligent à tenir la corde: ici le chemin est en dévers et glissant, et il y a 200m de vide à droite! Pas de quoi être fier.

Entre Roche Plate et Grand Place le jour se lève. Les bruits changent, on entend les oiseaux qui s’éveillent.
Nous traversons une succession d’îlets (villages créoles), Ilet des Lataniers, Cayenne, Ilet à Bourse, La Plaque, Ilet à Malheur, Aurère, Ilet Albert. Succession de montées et de descentes.
Sentier étroit à flanc de falaise. Pente très forte. Passages vertigineux. Passerelles au dessus d’un vide impressionnant.

Echelles

Au fond, la rivière s’élargit, les galets grossissent, nous revoyons du monde, c’est le poste tant attendu de Deux Bras. Nous arrivons aux environs de midi et il fait chaud. Pause ravitaillement. Mais la crête de Dos d’Ane nous impressionne, elle est 900m au dessus de nous, et, avec de bons yeux, on pourrait apercevoir ceux qui nous précèdent. 900m de grimpette en 6km, avec le retour des échelles et des marches de géants.

Nous arrivons au Stade de Dos d’Ane vers 16 heures. Je suis pressée de partir car j’aimerais faire le plus de chemin possible de jour. J’appréhende cette nouvelle nuit. Mes yeux sont fatigués d’essayer de percer l’obscurité. On prend toutefois le temps de se ravitailler.
Il ne reste plus qu’une vingtaine de kilomètres. C’est sûr que, sauf gros ennui, nous y arriverons ! Cette pensée aide à reprendre la route malgré la fatigue. On va mettre 7 heures à parcourir ces 20 kilomètres !

Cela démarre gentiment mais, très rapidement, un mur se dresse. C’est le passage de Piton Bazard, 200m plus haut, 1km après! Mais une vue superbe sur le village de Dos d’Ane, et surtout sur Deux Bras, 800m plus bas, que nous avons quitté il y a un peu plus de 4 h. Je suis contente d’être là avant la nuit, nous sommes sur une crête effilée. Le vide est impressionnant. Le sentier fait 1,5m de large, à ma gauche, il y a un vide de 250m, à ma droite, 850 ! Pas question de quitter le chemin. Nous rencontrons quelques personnes dont un breton. Mais très vite nous allons nous retrouver seuls car plus lents. Nous arrivons au Kiosque d’Affouche dans la nuit. La fatigue se fait sentir.

On quitte le Kiosque d’Affouche par la route forestière sur 3 km. Ceux-ci semblent interminables et on a tendance à s’endormir au lieu de profiter de la facilité du parcours. Enfin on retrouve un chemin et on fait route avec un réunionnais qui nous aide bien lorsque l’on a des doutes sur le chemin à suivre. Il semblerait que des rubalises aient disparu. Cette Plaine des Affouche nous use et nous bouffe le peu d’énergie qui nous reste, les petites côtes assassines se répètent sans cesse, on n'en voit pas le bout. La nuit nous empêche de profiter de la vue sur l’Océan. J’aimerais bien revenir er arriver de jour.

Enfin la lumière de Colorado! Dernier point de contrôle avant le Stade de la Redoute. Léger ravitaillement, le réunionnais est déjà parti, je pense qu’il trouve que l’on traîne trop.
Nous repartons avec une réunionnaise et le breton déjà rencontré peu après Dos d’Ane et qui, depuis, a eu des soucis avec ses lentilles. Les 5 derniers kilomètres sont pénibles et difficiles, la nuit n’arrange rien. Nous mettrons 2 heures pour parcourir ces 5 kilomètres de descente ! Le mari de la réunionnaise vient à notre rencontre et nous trace le chemin. Cela me repose de plus être obligée de « tracer » dans la nuit.

Arrivée GRR
Christophe a très mal aux genoux, notre compagnon aussi. Mais voici enfin les lumières de St Denis et du stade. Nous pénétrons dans le stade, quel bonheur. On essaie de courir un peu jusqu’à l’arche d’arrivée. Les pas sont lourds. Comme j’aimerais que le temps s’arrête à cet instant.

Les gens nous encouragent, comme ils l’ont fait pour des centaines devant nous. Nous avons une chance terrible d’être là. Bernard est là.
23h 03, retour difficile vers la «civilisation». Cela fait 46 heures que nous étions partis… J’ai l’impression d’avoir fait un voyage sur une autre planète.


La médaille, les sourires des bénévoles à l’arrivée, le tee-shirt de finisher. Robert Chicaud nous accueille. Christophe a son tee-shirt couvert de sang car il a saigné du nez dans la dernière descente. Il est conduit au poste de secours. Rien de grave.

On s’assoit sur la pelouse épuisés mais heureux. Quel bonheur d’être arrivés tous les deux. Heureux d’être allés jusqu’au bout. On retire nos chaussures, la douleur est tout à coup très forte. Mes pieds ont énormément enflés, cela va durer plus de 2 jours.

Sur nos tee-shirts de finisher, on peut lire: «La Diagonale des Fou 2006, j’ai survécu». Comme tous ceux qui sont déjà arrivés nous allons signer sous notre photo sur le panneau qui rassemble les photos de l’ensemble des participants.


Mes impressions

La Diagonale des Fous ? Une aventure inoubliable…

Cette Diagonale des Fous est la réalisation d’un rêve. C’est une aventure personnelle, un moment où l’on se retrouve face à soi-même, on ne peut pas tricher. Avec de la détermination et de l’obstination rien ne résiste. On apprend à se connaître, à ne pas baisser les bras, à choisir son chemin, sa vie. Il faut vaincre son appréhension, ses propres angoisses.

De part son ampleur et les difficultés qu’elle recèle, cette course marque une vie. Elle est pour moi une référence et un merveilleux souvenir.
Allez y vous ne serez pas déçus. La folie est contagieuse ! C’est très dur mais, lorsque l’on arrive à franchir cette ligne d’arrivée, quel bonheur ! Les paysages sont grandioses, on passe du sud au nord de l’île en découvrant des montagnes, un volcan, des petits villages isolés.

Participer à ce genre de course permet de découvrir des gens, des régions, des paysages fabuleux.
C’est aussi une aventure humaine, nos compagnons de route, les bénévoles. C’est une rencontre avec des passionnés. On a une impression de solidarité. Cette aventure permet de redonner de la saveur à la vie quotidienne.

Ce que j’ai trouvé aussi extraordinaire, c’est aussi le décor époustouflant de cette aventure :

Un regret: ne pas avoir pris l’appareil photo à cause du poids.

Merci à tous ceux qui nous permettent de participer à de telles aventures !